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PREMIÈRE PARTIE : DÉFENSE DE L'AUTORITÉ DE L'ÉGLISE

CHAPITRE I : Les Ministres, n'ayant pas la Mission, n'ont pas l'autorité

ARTICLE PREMIER : Les Ministres n'ont Mission ni du peuple ni des princes séculiers

 

Premièrement, Messieurs, vos devanciers et vous aussi avez fait une faute inexcusable, quand vous prêtiez l'oreille à ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise, car ce n'étaient pas des personnes qualifiées comme il fallait pour prêcher. Ils portaient la parole, à ce qu'ils disaient de la part de Dieu, contre l'Eglise ; ils se vantaient de porter le libelle de divorce de la part  du Fils de Dieu à l'Eglise son Epouse ancienne, pour se marier à cette jeune assemblée refaite et réformée. Mais comment pouvez-vous croire aussitôt ces nouvelles, que sans leur faire montrer leur charge et commission bien authentifiée, vous commenciez de premier abord à ne plus reconnaître cette Reine pour votre princesse, et à crier partout que c'était un adultère ? Ils crurent cela et semèrent ces nouvelles, mais qui les en avait chargés ? On ne peut s'enrôler sous aucun capitaine sans l'aveu du prince chez lequel on demeure : et comment fûtes-vous si prompts à vous enrôler sous ces premiers ministres, sans savoir si vos pasteurs étaient de vrais pasteurs ? même que vous saviez bien que vous étiez sortis de l'état dans lequel vous étiez nés et nourris. Eux, donc, sont inexcusables de ce que sans l'autorité du magistrat spirituel ils ont fait cette levée de bouclier, et vous, de les avoir suivis.

Vous voyez bien où je vais me battre ; c'est sur la faute de mission et de vocation que Luther, Zwingli, Calvin et les autres [?] : car c'est une chose certaine que quiconque veut enseigner et tenir rang de pasteur en l'Eglise, il doit être envoyé. Saint Paul : Quomodo praedicabunt, nisi mittanbur ? : "Comme prêcheront-ils, s'ils ne sont envoyés ? " Et Jérémie : " Les prophètes prophétisent à faux, je ne les ai pas envoyés " ; et ailleurs : Non mitebam prophetas et ipsi currebant : " Je ne les envoyais point, et ils couraient ". La mission est donc nécessaire ; vous ne le nierez pas, si vous ne savez quelque chose plus que vos maîtres.    

Mais je vous vois venir en trois escadrons : car, les uns d'entre vous diront qu'ils ont eu vocation et mission du peuple et magistrat séculier et temporel ; les autres de l'Eglise ; comment cela ? parce que, disent-ils, Luther, Œcolampade, Bucer, Zwingli et autres étaient prêtres de l'Eglise comme les autres ; les autres, enfin, qui sont les plus habiles, disent qu'ils ont été envoyés de Dieu mais extraordinairement.

Voyons ce qu'il en est du premier. Comment croyons-nous que le peuple, et les princes séculiers, aient appelé Calvin, Brence, Luther, pour enseigner la doctrine que jamais il n'avait jamais entendue ? et avant, quand ils commencèrent à prêcher et semer cette doctrine, qui les avait chargés de ce faire ? Vous dites que le peuple dévot vous a appelés, mais quel peuple ? Car, ou il etait catholique, ou il ne l'etait pas : s'il était catholique, comment vous eut-il appelé et envoyé prêcher ce qu'il ne croyait pas ? et cette vocation de quelque bien petite partie du peuple hors catholique, comme pouvait-elle contrevenir à tout le reste qui s'y opposa ? et comment une partie du peuple pouvait-elle donner autorité sur l'autre partie, afin que vous pouviez délier les âmes de l'ancienne obéissance ? car un peuple ne peut donner l'autorité que sur soi-même. Il eut donc fallu ne point prêcher sinon là où vous étiez appelés du peuple, ce que, si vous l'eussiez fait, vous n'auriez pas eu tant de suite. Mais disons voir, quand Luther commença, qui l'appela ? Il n'y avait encore point de peuple qui pensait aux opinions qu'il a soutenues, comment donc l'eut-il appelé pour les prêcher ? S'il n'était pas catholique, qu'était-il donc ? luthérien ? non pas, car je parle de la première fois ; quoi donc ? Qu'on réponde donc, si l'on peut. Qui a donné l'autorité aux premiers d'assembler les peuples, dresser des compagnies et bandes à part ? Ce n'est pas le peuple, car ils n'étaient pas encore assemblés.    

Mais, ne serait-ce pas tout brouiller de permettre à chacun de dire ce que bon lui semblerait ? A ce compte chacun serait envoyé ; car il n'y a si fou qui ne trouve des compagnons, témoins les Trithéistes, Anabaptistes, Libertins, Adamites. Il faut se ranger à l'Ecriture, en laquelle on ne trouvera jamais que les peuples aient pouvoir de se donner des pasteurs et prédicateurs.  

ARTICLE II  :  Les Ministres n'ont pas reçu Mission des Evêques catholiques

Plusieurs donc de notre âge, voyant leur chemin coupé de ce côté-là, ils se sont jetés de l'autre, et disent que les premiers maîtres réformateurs, Luther, Bucer, Œcolampade, ont été envoyés par les évêques qui les firent prêtres, et vont ainsi enchaînant leur mission à celle des Apôtres.

Véritablement c'est parler français, et réellement, que de confesser que leur mission ne peut être coulée des Apôtres à leurs ministres que par la succession de nos évêques et par l'imposition de leurs mains : la chose est telle sans doute. On ne peut pas faire sauter cette mission si haut que des Apôtres elle soit tombée entre les mains des prédicateurs de ce temps sans avoir été touchée par un des Anciens et de nos devanciers : il eut fallu une bien longue sarbacane en la bouche des premiers fondateurs de l'Eglise, pour avoir appelé Luther et les autres sans que ceux qui étaient entre deux s'en fussent aperçus, ou bien (comme dit Calvin à une autre occasion et mal à propos), que ceux-ci eussent eu les oreilles bien grandes : il fallait bien qu'elle fût conservée entière si ceux-ci devaient la trouver. Nous avouons donc que la mission était derrière nos évêques, et principalement dans les mains de leur  chef, l'Evêque romain. Mais nous nions formellement que vos ministres en aient eu aucune communication pour prêcher ce qu'ils ont prêché, parce que :    

1 - Ils prêchent des choses contraires à l'Eglise en laquelle ils ont été ordonnés prêtres : donc, ou ils errent ou l'Eglise qui les a envoyés, et, par conséquent, ou leur Eglise est fausse ou celle de laquelle ils ont pris la mission. Car d'une Eglise fausse il ne peut sortir une vraie mission : si c'est leur Eglise qui est fausse, moins ils ont mission ; car en une Eglise fausse ne peut être une vraie mission. Comme que ce soit donc, ils n'ont point eu de mission pour prêcher ce qu'ils ont prêché : puisque si l'Eglise en laquelle ils ont été ordonnés était vraie, ils sont hérétiques d'en être sortis et d'avoir prêché contre sa créance ; et si elle n'était vraie, elle ne leur pouvait donner mission.

2.- Outre cela, quoiqu'ils eussent eu mission en l'Eglise Romaine, ils ne l'ont pas eue pour en sortir et distraire de son obéissance ses enfants : certes, le commissaire ne doit pas excéder les bornes de sa commission, ou c'est pour néant.  

3 - Luther, Œcolampade ou Calvin n'étaient pas évêques ; comment donc pouvaient-ils communiquer quelque mission à leurs successeurs de la part de l'Eglise romaine, qui proteste en tout et par tout qu'il n'y a que les évêques qui peuvent envoyer, et que cela n'appartient aucunement aux simples prêtres ? En quoi  saint Jérôme même a mis la différence qui est entre le simple prêtre et l'évêque, en l'épître à Evagrium ; et saint Augustin et Epiphane mettent Arius en compte avec les hérétiques parce qu'il tenait de contraire.    

 

ARTICLE III  :  Les Ministres n'ont pas la Mission extraordinaire

Ces raisons sont si vives, que les plus assurés des vôtres ont pris parti ailleurs qu'en la mission ordinaire, et ont dit qu'ils étaient envoyés extraordinairement de Dieu, parce que la mission ordinaire avait été gâtée et abolie, quand et quand la vraie Eglise, sous la tyrannie de l'Antichrist. Voici leur plus assurée retraite, laquelle, parce quelle est commune à toutes sortes d'hérétiques, mérite d'être attaquée à bon escient et ruinée sans dessus dessous. Mettons donc notre dire par ordre pour voir si nous pourrons forcer cette leur dernière barricade.    

Je dis, donc :

1. - que personne ne doit alléguer une mission extraordinaire qui ne la prouve par des miracles. Car, je vous prie, à quoi en serions nous, si ce prétexte de mission extraordinaire était recevable sans preuve ? Ne serait ce pas un voile à toutes sortes de rêveries ? Arius, Marcion , Montanus, Massalius, ne pourraient-ils pas être reçus à ce grade de réformateurs en prêtant le même serment ?

2. - Jamais personne ne fut envoyé extraordinairement qui ne prit cette lettre de créance de la divine Majesté. Moïse fut envoyé immédiatement de Dieu pour gouverner le peuple d'Israël ; il voulut savoir le nom de qui l'envoyait, et quand il eut appris ce nom admirable de Dieu, il demanda des marques et patentes de sa commission : ce que notre Dieu trouva si bon, qu'il lui donna la grâce de trois sortes de prodiges et de merveilles, qui furent comme trois attestations, en trois divers langages, de la charge qu'il lui donnait, afin que qui n'entendrait l'une n'entendit l'autre. Si donc ils allèguent la mission extraordinaire, qu'ils nous montrent quelques œuvres extraordinaires, autrement nous ne sommes pas obligés de les croire. Vraiment Moïse montre extraordinairement bien la nécessité de cette preuve à qui veut parler extraordinairement ; car, ayant à demander le don d'éloquence à Dieu, il ne le demande qu'après avoir le pouvoir des miracles, montrant qu'il est plus nécessaire d'avoir l'autorité de parler que d'en avoir la promptitude. La mission de saint Jean-Baptiste, quoiqu'elle ne fut du tout extraordinaire, ne fut-elle pas authentifiée par sa conception, sa nativité, et même par sa vie tant miraculeuse, à laquelle Notre Seigneur donna si bon témoignage ? Mais quant aux Apôtres, qui ne sait les miracles qu'ils faisaient et le grand nombre de ceux-ci ? Leurs mouchoirs, leur ombre servaient à la prompte guérison des malades et à chasser le diable : Par les mains des Apôtres étaient faits beaucoup de signes et merveilles parmi le peuple (Actes, 5 :12) et que ce fut en confirmation de leur prédication, saint Marc le dit tout ouvertement, dans les dernières paroles de son Evangile, et saint Paul, aux Hébreux. Comment donc se voudront excuser et relever de cette preuve pour leur mission ceux qui en notre âge en veulent avancer un d'extraordinaire ? Quel privilège ont-ils plus qu'apostolique et mosaïque ? Que dirais-je de plus ? Si notre Souverain Maître, consubstantiel au Père, duquel la mission est si authentique qu'elle présuppose la communication de même essence, lui-même, dis-je, qui est la source vive de toute mission ecclésiastique, n'a pas voulu s'exempter de cette preuve de miracles, quelle raison y a-t-il que ces nouveaux ministres soient crus à leur seule parole ? Notre Seigneur allègue fort souvent sa mission pour mettre sa parole en crédit : " Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie " (Jean, 20 : 21) ; " Ma doctrine n'est point mienne, mais de Celui qui m'a envoyé " (Jean, 7 : 16) ; " Et vous me connaissez, et savez d'où je suis, et ne suis point venu de par moi-même " (28). Mais aussi, pour donner autorité à sa mission, il met en avant ses miracles, mais plutôt atteste que, s'il n'eut fait des œuvres que nul autre n'a faite parmi les Juifs, ils n'eussent point eu de péché de ne croire point en lui ; et ailleurs il leur dit : " Ne croyez-vous pas que mon Père est en moi et moi en mon Père ? Au moins, croyez-le par les œuvres " (Jean, 14 :11-12). Qui sera donc si osé que de se vanter de mission extraordinaire, sans produire quand et quand des miracles, il mérite d'être tenu pour imposteur : or est-il que ni vos premiers ni derniers ministres n'ont fait aucun miracle : ils n'ont donc point de mission extraordinaire. Passons outre.    

Je dis, secondement, que jamais aucune mission extraordinaire ne doit être reçue, étant désavouée de l'autorité ordinaire qui est en l'Eglise de Notre Seigneur. Car,

1.- nous sommes obligés d'obéir à nos pasteurs ordinaires sous peine d'être publicains et païens (Matthieu, 18 :17). Comment donc pourrions-nous ranger nous sous autre discipline que la leur ? Les extraordinaires seront tenus pour néant, puisque nous serions obligés de ne pas les entendre, dans le cas où, comme j'ai dit, elles seraient désavouées des pasteurs ordinaires.

2. Dieu n'est point auteur de divisions, mais d'union et de concorde  (I Corinthiens, 14 : 33), principalement entre ses disciples et ministres ecclésiastiques, comme Notre Seigneur montre clairement en la sainte prière qu'il fit à son Père dans les derniers jours de sa vie mortelle (Jean, 17 : 11 et 21). Comment donc autoriserait-il deux sortes de pasteurs, l'un extraordinaire, l'autre ordinaire ? Quant à l'ordinaire qu'elle soit autorisée cela est certain ; quant à l'extraordinaire, nous le présupposons : ce seraient donc deux Eglises différentes, qui est contre la plus pure parole de Notre Seigneur, qui n'a qu'une seule épouse, qu'une seule colombe, qu'une seule parfaite (Cantiques, 6 : 8) . Et comment pourrait être le troupeau uni, conduit par deux pasteurs inconnus l'un de l'autre, à divers repaires, à divers huchements (appels) et redans (retranchements), et dont l'un et l'autre voudraient tout avoir ? Ainsi serait l'Eglise, sous diversité de pasteurs ordinaires et extraordinaires, tirassëe (tiraillée) ça et là en diverses sectes. Et quoi ? Notre Seigneur est-il divisé (1 Corinthiens, 1 : 13) , ou en lui-même ou en son corps qui est l'Eglise ? Non, pour vrai, mais, au contraire, il ni a qu'un Seigneur (Ephésiens, 4 : 5), lequel a bâti son corps mystique (12) avec une belle variété de membres très bien agencés (11), assemblés et serrés comtement (?), par toutes les jointures de la sousministration (?) mutuelle (16) ; de façon que de vouloir mettre en l'Eglise cette division de troupes ordinaires et extraordinaires, c'est la ruiner et perdre. Il faut donc revenir à ce que nous disions, que jamais la vocation extraordinaire n'est légitime quand elle est désavouée de l'ordinaire.

3. Et de fait, ou me montrera jamais une vocation légitime extraordinaire qui n'ait été reçue par l'autorité ordinaire ? Saint Paul fut appelé extraordinairement (Actes, 9 : 6), mais ne fut-il pas approuvé et autorisé par l'ordinaire, une (Actes, 9 : 7) et deux (Actes, 13 : 3) fois ? et la mission reçue par l'autorité ordinaire est appelée mission du Saint-Esprit (Actes, 13 : 4). La mission de saint Jean-Baptiste ne peut pas se bien dire extraordinaire, parce qu'il n'enseignait rien contre l'Eglise mosaïque, et parce qu'il était de la race sacerdotale (Luc 1, 8) : si est-ce néanmoins que la rareté de sa doctrine fut avouée par l'ordinaire magistrat de l'Eglise judaïque, en la belle légation qui lui fut faite par les prêtres et les lévites (Jean 1 : 19 et suiv.), la teneur de laquelle présuppose une grande estime et réputation en laquelle il était tenu par eux ; et les Pharisiens mêmes, qui étaient assis sur la chaire de Moise, ne venaient-ils pas en grand nombre à son baptême (Matthieu, 3 : 5-7) tout ouvertement, sans scrupule ? C'était bien recevoir sa mission à bon escient. Notre Seigneur même, qui était le Maître, ne voulut-il pas être reçu de Siméon (Luc, 2 : 28 et 34) qui était prêtre, comme il appert en ce qu'il bénit Notre-Dame, et même pour sa Passion, qui était l'exécution principale de sa mission, ne voulut-il pas avoir le témoignage prophétique du grand Prêtre qui était pour lors (Jean, 11 : 51) ?

4. Et c'est ce que saint Paul enseigne, quand il ne veut que personne s'attribue l'honneur pastoral sinon celui qui est appelé de Dieu, comme Aaron (Hébreux, 5 : 4) : car la vocation d'Aaron fut faite par l'ordinaire, Moïse, si que Dieu ne mit sa sainte parole en la bouche de Aaron immédiatement, mais Moïse, auquel Dieu fit ce commandement (Exode, 4 : 15) : " Tu lui parleras et tu mettras les paroles dans sa bouche ; et je serai en ta bouche et en la sienne ". Que si nous considérons les paroles de saint Paul, nous apprendrons même,

5. que la vocation des pasteurs et magistrats ecclésiastiques doit être faite visiblement ou perceptiblement, non par manière d'enthousiasme et motion secrète : car voilà deux exemples qui proposent ; d'Aaron, qui fut oint et appelé visiblement (Lévitique, 8 : 12 ; Exode, 28 : 1), et puis de Notre Seigneur et Maître, qui, étant Souverain Pontife et Pasteur de tous les siècles, ne s'est point clarifié soi-même (Hébreux, 5 : 5-6), c'est-à-dire, ne s'est point attribué l'honneur  de sa sainte prêtrise, comme avait dit saint Paul auparavant, mais a été illustré par Celui qui lui a dit : " Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui, et, tu es prêtre éternellement, selon l'ordre de Melchisédech ". Je vous prie, pensez à ce trait : Jésus-Christ est Souverain Pontife selon l'ordre de Melchisédech. S'est-il ingéré et poussé de lui-même à cet honneur ? non, mais il y a été appelé (Hébreux, 5 : 10). Qui l'a appelé ? - Son Père éternel (5, 5). Et comment ? - Immédiatement et médiatement tout ensemble : immédiatement, en son Baptême (Matthieu, 3 : 17) et en sa Transfiguration (Matthieu., 17 : 5), avec cette voix : " Celui-ci est mon Fils bien aimé auquel j'ai pris mon bon plaisir, écoutez-le " ; médiatement, par les Prophètes, et surtout par David dans les lieux que saint Paul cite à propos des Psaumes : " Tu es mon Fils, moi-même, aujourd'hui, je t'ai engendré " (Psaumes, 2 : 7), et " Tu es prêtre éternellement, selon l'ordre de Melchisédech " (Psaumes, 109 : 4). Et partout la vocation est perceptible : la parole en la nuée fut entendue, et en David entendue et lue ; mais saint Paul, voulant montrer la vocation de Notre Seigneur, apporte les passages seuls de David, par lesquels il dit Notre Seigneur avoir été clarifié de son Père, se contentant ainsi de produire le témoignage perceptible, et fait par l'entremise des Ecritures ordinaires et des Prophètes reçus.    

Je dis troisièmement que l'autorité de la mission extraordinaire ne détruit jamais l'ordinaire, et n'est donnée jamais pour la renverser : témoins tous les Prophètes, qui jamais ne firent autel contre autel, jamais ne renversèrent la prêtrise d'Aaron, jamais n'abolirent les constitutions de la Synagogue ; témoin Notre Seigneur, qui assure que tout royaume divisé en soi-même sera désolé, et l'une maison tombera sur l'autre (Luc, 11 : 17) ; témoin le respect qu'il portait à la chaire de Moïse, la doctrine de laquelle il voulait être gardée (Matthieu, 23 : 2,3). Et de vrai, si l'extraordinaire devait abolir l'ordinaire, comment saurions-nous quand, à qui et comment nous nous y devrions ranger ? Non, non, l'ordinaire est immortelle pendant que l'Eglise sera ici bas en ce monde : Les pasteurs et docteurs qu'il a donnés une fois à l'Eglise doivent avoir perpétuelle succession, pour la consommation des Saints, " jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous en l'unité de la foi, et de la connaissance du Fil de Dieu, en homme parfait, à la mesure de la taille du Christ en sa plénitude ; afin que nous soyons plus enfants, flottants et menés ça et là à tout vent de doctrine, par la piperie des hommes et par leur rusée séduction " (Ephésiens, 4 : 11-14). Voilà le beau discours que fait saint Paul, pour montrer que si les docteurs et pasteurs ordinaires n'avaient perpétuelle succession, mais plutôt fussent sujets à l'abrogation des extraordinaires, nous n'aurions aussi qu'une foi et une discipline désordonnées et interrompues à tous coups, nous serions sujets à être séduits par les hommes qui à tout propos se vanteraient de l'extraordinaire vocation, mais plutôt, comme les Gentils, nous cheminerions en la vanité de nos entendements, un chacun se faisant accroire de sentir la motion extraordinaire du Saint-Esprit : de quoi notre âge fournit tant d'exemples, que c'est une des plus fortes raisons qu'on puisse présenter en cette occasion ; car, si l'extraordinaire peut lever l'ordinaire administration, à qui en laisserons-nous la charge ? A Calvin, ou à Luther ? A Luther, ou au Pacimontain ? Au Pacimontain, ou à Blandrate, ou à Brence ? A Brence, ou à la reine d'Angleterre ? car chacun tirera de son côté cette couverte (couverture) de la mission extraordinaire. Or la parole de Notre Seigneur nous délivre de toutes ces difficultés, qui a édifié son Eglise sur un si bon fondement, et avec une proportion si bien entendue, que les portes d'enfer ne prévaudront jamais contre elle (Matthieu, 16 : 18). Que si jamais  elles n'ont prévalu ni prévaudront, la vocation extraordinaire n' y est pas nécessaire pour l'abolir : car Dieu ne hait rien de ce qu'il a fait, comment donc il abolirait l'Eglise ordinaire pour en faire d'extraordinaires ? vu que c'est lui qui a édifié l'ordinaire sur soi-même, et l'a cimentée de son sang propre.

 

ARTICLE IV  : Réponse aux arguments des Ministres

Je n'ai encore su rencontrer parmi vos maîtres que deux objections à ce discours que je viens de faire ; dont l'une est tirée de l'exemple de Notre Seigneur et des Apôtres, l'autre, de l'exemple des Prophètes.

Mais, quant à la première, dites-moi, je vous prie, trouvez-vous bon qu'on mette en comparaison la vocation de ces nouveaux ministres avec celle de Notre Seigneur ? Notre Seigneur n'avait-il pas été prophétisé en qualité de Messie ? Son temps n'avait-il pas été déterminé par Daniel (9 : 24 et 26) ? A-il fait une action qui ne soit presque pas particulièrement cotée dans les Livres des Prophètes et figurée dans les Patriarches ? Il a fait changement de bien en mieux de la loi mosaïque, mais ce changement-là n'avait-il pas été prédit (Aggée, 2 : 10) ? Il a changé par conséquent le sacerdoce d'Aaron en celui de Melchisédech, bien meilleur ; tout cela n'est-ce pas selon les témoignages anciens (Hébreux, 5 : 6) ? Vos ministres n'ont point été prophétisés en qualité de prédicateurs de la Parole de Dieu, ni le temps de leur venue, ni pas une de leurs actions ; ils ont tu un remuement sur l'Eglise beaucoup plus grand et plus âpre que notre Seigneur le fit sur la Synagogue, car ils ont tout ôté sans y remettre que certaines ombres, mais de témoignages ils n'en ont point à cet effet. Au moins ne se devraient-ils pas exempter de produire des miracles sur une telle mutation, quoique vous tiriez prétexte de l'Ecriture ; puisque Notre Seigneur ne s'en exempta pas, comme j'ay montré ci-dessus, encore que le changement qu'il faisait fut puisé de la plus pure source des Ecritures (Luc, 1 : 70). Mais où me montreront-ils que l'Eglise doive jamais plus recevoir une autre forme, ou semblable réformation, que celle qu'y fit Notre Seigneur ?    

Et quant aux Prophètes, j'en vois plusieurs abusés. 1. On pense que toutes les vocations des Prophètes ont été extraordinaires et immédiates : chose fausse ; car il y avait des collèges et des congrégations de Prophètes reconnus et avoués par la Synagogue, comme on peut recueillir de plusieurs passages de l'Ecriture. Il y en avait en Ramatha, en Béthel, en Jéricho où Elisée habita, en la montagne d'Ephraïm, en Samarie ; Elisée même fut oint par Elie ; la vocation de Samuel fut reconnue et avouée par le grand Prêtre, et en Samuel recommença le Seigneur à apparaître en Silo (voir les Livres des Rois ), comme dit l'Ecriture, qui fait que les Juifs tiennent Samuel comme fondateur des congrégations prophétiques. 2. On pense que tous ceux qui prophétisaient exerçaient la charge de la prédication : ce qui n'état pas, comme il appert des sergents de Paul et de Saul même (1 Rois, 19 : 20 et suiv.). De façon que la vocation des Prophètes ne sert de rien à celle des hérétiques ou schismatiques, car :

1. Ou elle était ordinaire, comme nous avons montré ci-devant, ou approuvée du reste de la Synagogue, comme il est aisé de le voir en ce qu'on les reconnaissait incontinent, et on en faisait conte en tous lieux parmi les Juifs, les appelant hommes de Dieu (3 Rois, 17 : 18) : et à qui regardera de près l'histoire de ces anciennes synagogues, verra que l'office des Prophètes était aussi commun entre eux qu'entre nous des prédicateurs.

2. Jamais on ne montrera un prophète qui voulut renverser la puissance ordinaire, mais plutôt l'ont toujours suivie, et n'ont rien dit de contraire à la doctrine de ceux qui étaient assis sur la chaire de Moïse et d'Aaron ; mais plutôt il s'en est trouvé qui étaient de la race sacerdotale, comme Jérémie, fils d'Helcias, et Ezéchiel, fils de Buzi ; ils ont toujours parlé avec honneur des Pontifes et succession sacerdotale, quoiqu'ils aient repris leurs vices. Isaïe, voulant écrire dans un grand livre qui lui fut montré, prit Urie, prêtre, quoiqu'à venir, et Zacharie prophète à témoins, comme s'il prenait le témoignage de tous les prêtres et prophètes ; et Malachie n'atteste-t-il pas que les lèvres du prêtre gardent la science, et demanderont la loi de sa bouche ; car l'ange du Seigneur des armées ? (Ezéchiel, 2 : 7) tant s'en faut que jamais ils aient retiré les Juifs de la communion de l'ordinaire.

3. Les Prophètes, combien de miracles ont-ils fait en confirmation de la vocation prophétique ? Ce ne serait jamais fait si j'entrais en ce dénombrement. Mais si quelquefois ils ont fait quelque chose qui eut quelque visage d'extraordinaire pouvoir, incontinent les miracles se sont ensuivis : témoin Elie, qui dressant un autel en Carmel selon l'instinct qu'il avait eu du Saint-Esprit, et sacrifiant, montrant par miracle qu'il le faisait à l'honneur de Dieu et de la religion Juive (3 Rois 18 : 32 et 38).

4. Enfin, vos ministres auraient bonne grâce s'ils voulaient s'usurper le pouvoir de prophètes, eux qui n'en ont jamais eu le don ni la lumière : ce serait plutôt à nous, qui pourrions produire une infinité de prophéties des nôtres ; comme de saint Grégoire Thaumaturge, au rapport de saint Basile, de saint Antoine, témoin Athanase, de l'abbé Jean, témoin saint Augustin, saint Benoît, saint Bernard, saint François et mille autres. Si donc il est question entre nous de l'autorité prophétique, elle nous demeurera, soit-elle ordinaire ou extraordinaire, puisque nous en avons l'effet, non pas à vos ministres qui n'en ont jamais fait un brin de preuve : sinon qu'ils voulussent appeler prophéties de la vision de Zwingli, au livre inscrit : Subsidium de eucharistia, et le livre intitulé : Querela Lutheri, ou la prédiction qu'il fit, l'an 25 de ce siècle, que s'il prêchait encore deux ans il ne demeurerait ni pape, ni prêtres, ni moines, ni clochers, ni Messes. Et de vrai, il n'y a qu'un mal en cette prophétie, c'est seulement faute de vérité ; car il prêcha encore près de vingt-deux ans, et néanmoins encore se trouve-t-il des prêtres et des clochers, et en la chaire de Saint Pierre est assis un Pape légitime.

Vos premiers ministres donc, Messieurs, sont de ces prophètes que Dieu défendait de parler, en Jérémie : " Ne veuillez pas écouter les paroles des prophètes qui prophétisent et vous déçoivent ; ils parlent selon la vision de leur cœur, et non point par la bouche du Seigneur " ; " Je n'envoyais pas les prophètes et ils couraient ; je ne parlais pas à eux et ils prophétisaient " ; "J'ai entendu ce que ces prophètes ont dit, prophétisant en mon nom le mensonge, et disant : j'ai eu un songe ; j'ai eu un songe ! " (Jérémie, 23 : 16, 21 et 25). Ne vous semble-t-il pas que ce sont Luther et Zwingli avec leurs prophéties et visions ? ou Carolostade avec sa révélation qu'il disait avoir eue pour sa cène, qui donna occasion à Luther d'écrire son livre : Contra coelestes prophetas ? C'est bien eux, au moins, qui ont cette propriété de n'avoir pas été envoyés ; c'est eux qui prennent leurs langues, et disent " le Seigneur a dit " (31) : car ils ne sauraient jamais montrer aucune preuve de la charge qu'ils usurpent, ils ne sauraient produire aucune légitime vocation, et donc, comment veulent-ils prêcher ? On ne peut s'enrôler sans aucun capitaine ni sans l'aveu du prince, et comment fûtes-vous si prompts à vous engager sous la charge de ces premiers ministres, sans le congé de vos pasteurs ordinaires, sortir de l'état auquel vous étiez nés et nourris qui est l'Eglise catholique ? Ils sont coupables d'avoir fait de leur propre autorité cette levée de bouclier, et vous de les avoir suivis ; dont vous êtes inexcusables. Le bon enfant Samuel, humble, doux et saint, ayant été appelé par trois fois de Dieu, pensa toujours que ce fut Héli qui l'avait appelé : 1. par les peuples et les magistrats, 2. par nos évêques, 3. par sa voix extraordinaire. Non, non, qu'ils... Samuel fut appelé trois fois par Dieu, et selon son humilité il pensait que ce c'était une vocation d'homme, jusqu'au moment où, enseigné par Héli, il connut que c'était la Voix divine (1 Rois, 3 : 4-10). Vos ministres, Messieurs, produisent trois vocations de Dieu : par les magistrats séculiers, par les évêques, et par la voix extraordinaire. Ils pensent que c'est Dieu qui les a appelés en ces trois façons-là. Mais non, ils reconnaissent que c'est une vocation de l'homme, et que les oreilles ont corné à leur vieil Adam, et s'en remettent à celui qui, comme Héli, préside maintenant à l'Eglise.

Et voilà la première raison qui rend vos ministres et vous aussi - quoique inégalement - inexcusables devant Dieu et les hommes d'avoir laissé l'Eglise.

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