Personne n’allume une lampe pour la mettre dans une cachette, mais on la met sur son support, pour que ceux qui entrent voient la clarté. (Luc 11, 33)
atriarche d’Antioche, Martyr, Docteur de l’Eglise
Saint Ignace devint le deuxième successeur de Pierre sur le siège épiscopal d'Antioche en succédant à Hévodius vers 70, selon la liste établie par Eusèbe. Lorsqu'il fut élu évêque, Ignace n'avait probablement pas plus de trente ans, et, outre Antioche, il était également responsable de l'Eglise de Syrie et de Cilicie. L'hagiographie byzantine l'identifie à l'enfant que le Christ donna en exemple à ses disciples (Mt 18,2), mais saint Jérôme en faisait un disciple de l'apôtre Jean. Sans doute natif d'Antioche, Ignace était peut-être le fils de deux des premiers convertis, à moins que, né dans une famille païenne il se soit converti très jeune au contact des chrétiens de la métropole. En tous cas, il habitait dans cette ville régulièrement fréquentée par Pierre, Paul et d'autres Apôtres, qu'assurément il connut.
Après avoir gouverné pendant au moins trois décennies, l'Eglise d'Antioche, il fut arrêté dans des circonstances étranges. D'après le témoignage de Polycarpe, d'Origène et d'Eusèbe, saint Ignace aurait été condamné à mourir dans le cirque et conduit à Rome pendant une persécution à Antioche. Il serait mort martyr dans les années 107-110. De récentes études estiment néanmoins que son procès n'aurait pas été motivé par une persécution contre les chrétiens. L'Eglise bénéficiait en effet d'une courte période de paix après la mort de Domitien. C'est à cette époque que, de Bithynie, sur la Mer noire, Pline le Jeune, gouverneur entre 111 et 113, écrivit à Trajan une lettre qui est le plus ancien document officiel connu sur les rapports entre les chrétiens et l'Empire romain. Pline demandait comment il fallait se comporter avec les chrétiens, et il rapportait avoir interrogé deux femmes chrétiennes et les avoir soumises à la torture : " Je n'ai rien trouvé d'autre, écrit-il, qu'une superstition méchante et effrénée. " Trajan répondit qu'il ne fallait pas pourchasser les chrétiens, mais qu'en cas de dénonciation privée, non anonyme, ils devaient être condamnés. Ignace aurait pu ainsi être dénoncé, par haine ou par jalousie, puis envoyé à Rome pour que sa condamnation y soit exécutée. Mais il se peut aussi qu'il ait été accusé de crime de lèse-majesté : l'empereur jugeant alors en dernier ressort de telles accusations, il aurait été amené à Rome pour être déféré devant l'empereur.
Durant son voyage vers Rome, par mer et par terre, saint Ignace fit une longue escale à Smyrne où les chrétiens, guidés par saint Polycarpe, accueillirent des fidèles de toutes les communautés environnantes (Ephèse, Magnésie et Tralle) qui voulaient rencontrer Ignace, lui dire leur affection, l'écouter. Ignace leur écrivit et leur remit trois lettres de remerciement. Il envoya également une lettre à la communauté de Rome, la priant de ne rien tenter pour lui éviter le martyre. Trois dernières lettres furent rédigées pendant l'escale à Troas, l'une pour la communauté de Philadelphie, et les deux autres pour la communauté de Smyrne et son évêque Polycarpe. Saint Ignace les remerciait de leur hospitalité et leur demandait de se rendre ou d'écrire à sa communauté d'Antioche. Les sept lettres sont généralement considérées comme authentiques, mais l'incertitude continue de peser sur d'autres lettres, également attribuées à saint Ignace d'Antioche.
Etant donné les circonstances dans lesquelles elles furent écrites, les lettres sont brèves et rapidement construites. Elles mettent en garde contre les doctrines erronées, notamment le docétisme, et affirment les fondements théologiques de l'ecclésiologie et de l'épiscopat monarchique. Peu après la mort d'Ignace, la communauté de Philippes demanda à Polycarpe de Smyrne de lui faire parvenir des copies des lettres en sa possession, ce qu'il fit, inaugurant ainsi leur large diffusion.
Son œuvre